Pour connaître les sujets brûlants dans le monde du recyclage, Cleantech Expo, organisée les 23 et 24 septembre à Kortrijk Xpo, était l’endroit idéal. RecyclePro était présent et a sélectionné pour vous trois thèmes dans ce dossier. Un état des lieux du recyclage des plastiques ne pouvait évidemment pas manquer à l’appel. Le secteur traverse en effet la crise la plus grave de son histoire.
La Belgique dispose d’une capacité de recyclage des plastiques de 480 000 tonnes. Ce volume est réparti entre une quarantaine d’entreprises qui emploient ensemble 700 personnes. Des chiffres modestes par rapport, par exemple, à la pétrochimie ou à l’industrie sidérurgique, mais il s’agit d’emplois solidement ancrés au niveau local. Et ce sont des capacités que nous devons essayer de préserver, car lorsqu’une ligne de recyclage est démantelée, elle est définitivement perdue. Or, l’Europe ne peut pas se le permettre. Lorsque les obligations en matière de contenu recyclé dans les emballages (PPWR) et dans les nouveaux véhicules (ELVR) entreront en vigueur en 2030 et 2032, nous aurons justement besoin de capacités supplémentaires et de nouvelles technologies de recyclage pour atteindre les objectifs fixés.
À l’heure actuelle, le secteur du recyclage des plastiques traverse toutefois une période beaucoup trop difficile pour pouvoir financer ces investissements. En Europe, 50 centres ont déjà fait faillite, ce qui représente 1 million de tonnes de capacité de recyclage définitivement perdues. Plastics Recyclers Europe qualifie 2025 d’année au cours de laquelle l’Europe a connu le plus fort déclin de son industrie du recyclage. La cause ? L’absence de demande pour le recyclat que les recycleurs de plastiques mettent sur le marché. Quatre raisons l’expliquent. La principale est l’écart de prix. Le coût des plastiques vierges dépend du prix du pétrole, qui s’est situé à des niveaux historiquement bas ces dernières années. En revanche, le prix du recyclat ne peut pas continuer à baisser pour rester compétitif, car chaque étape de la collecte et du traitement a un coût. Cet écart de prix est involontairement encore renforcé par une politique qui accorde aux producteurs de plastiques vierges des réductions sur leur facture énergétique, mais pas aux entreprises de recyclage. Les conditions de concurrence ne sont donc pas équitables ; l’écart est particulièrement important pour les matériaux blancs et transparents.

Les producteurs ne sont pas non plus obligés d’opter pour du recyclat. La seule obligation déjà en vigueur aujourd’hui concerne le PET, pour lequel un contenu recyclé de 25 % est exigé. Pire encore, les normes et cahiers des charges interdisent parfois explicitement son utilisation. Ceux-ci sont souvent hérités d’une économie linéaire et imposent expressément l’utilisation de plastiques vierges, même lorsqu’il n’existe aucune différence fonctionnelle avec le recyclat plastique. L’EFSA, l’autorité européenne chargée de la sécurité alimentaire, ne reconnaît actuellement que le recyclat de PET comme sûr pour le contact alimentaire. Mais comment pourrons-nous alors intégrer 30 % de recyclat de polypropylène et de polyéthylène en 2030, comme le prévoit le PPWR, lorsque l’on sait que de telles procédures prennent plusieurs années ? La réglementation évolue plus vite que les normes et cahiers des charges censés l’accompagner.
Un dernier handicap auquel les recycleurs de plastiques doivent faire face est la fiabilité insuffisante des importations en provenance de pays asiatiques, et de Chine en particulier. Ces pays voient eux aussi dans la réglementation européenne une opportunité et exportent massivement du recyclat, mais sans aucune forme de traçabilité. Il n’existe pas de codes douaniers distincts pour les polymères neufs et les recyclats, ce qui rend difficile de vérifier s’il s’agit réellement de plastiques recyclés et dans quelles conditions sociales et environnementales ils ont été traités. En 2025, l’UE a enregistré le plus important déficit commercial de son histoire pour les polymères, alors qu’elle en était autrefois exportatrice nette. Il s’agit donc de bien plus que de sauver un petit secteur de recycleurs de plastiques : c’est l’autonomie stratégique que l’Europe souhaite atteindre qui est en jeu.

Des mesures urgentes sont donc nécessaires pour permettre aux entreprises de recyclage de survivre jusqu’à l’entrée en vigueur des obligations en matière de contenu recyclé et de travailler dans des conditions de concurrence équitables. Parmi les leviers possibles :
Une politique d’achat adaptée des pouvoirs publics imposant l’utilisation de recyclat ;
Un taux de TVA réduit pour les produits contenant du recyclat ;
Le même soutien énergétique que celui accordé aux producteurs de plastiques vierges ;
Des contrôles aux frontières européennes et une adaptation de la législation afin que l’obligation de contenu recyclé aille de pair avec la vérification et la certification ;
Une écomodulation basée sur le contenu recyclé et le traitement local ;
Une reconnaissance en tant que secteur stratégique et davantage de concertation à tous les niveaux politiques ;
Une garantie de prix, afin de réduire la volatilité de l’écart avec les plastiques vierges et d’offrir davantage de sécurité à long terme pour les investissements.
Il ne s’agit certainement pas d’un problème exclusivement belge. Jusqu’à présent, la Belgique n’a connu qu’une seule faillite, tandis que les Pays-Bas et l’Allemagne sont les plus durement touchés à cet égard. Nous pouvons donc également tirer des enseignements des mesures prises ailleurs. Le Royaume-Uni prélève ainsi une taxe sur les plastiques pour les emballages contenant moins de 30 % de recyclat. En Italie, toutes les autorités publiques doivent imposer dans leurs marchés publics une exigence obligatoire en matière de recyclat, ainsi que sa vérification. Les Pays-Bas et la France misent quant à eux sur l’écomodulation. La France accorde une prime aux producteurs qui utilisent du recyclat. Les Pays-Bas octroient une réduction aux producteurs qui utilisent du recyclat dans leurs emballages. Une chose est claire : si nous voulons encore disposer demain d’une industrie florissante du recyclage des plastiques, le moment d’agir est maintenant.